vendredi 16 décembre 2011

ECONOMIE ET FINANCE Economie ÉCONOMIE Sortir de l’euro : le mode d’emploi des experts


Comment ressusciter les pesetas, les drachmes ou les lires ? Le scénario, même s’il reste perçu comme “de la science-fiction”, n’est plus tabou. Les économistes imaginent son déroulé concret.

1-Fabriquer la monnaie
D’abord “les autorités monétaires de la zone euro cesseraient de reconnaître l’euro en tant que monnaie commune, déclenchant une série de procédures qui exigeraient à nouveau l’émission de monnaie par les banques centrales nationales”, estime Paulo Reis Mourao, de l’université du Minho au Portugal. Car les anciennes devises ont été détruites, même si les Européens en gardent un peu au fond des tiroirs : l’équivalent d’1,7 milliard d’euros en pesetas, 1,3 milliard d’euros en lires, 600 millions d’euros en francs…
2-Éviter la panique
Mais à peine la drachme ou la peseta réintroduits, le cours de ces monnaies, émises par des pays économiquement fragiles, fondrait sous la pression des marchés tandis que celui du mark allemand grimperait. De quoi faire paniquer les habitants, dont l’épargne pourrait perdre 50 % de sa valeur selon plusieurs études, ce qui les inciterait à retirer en masse leur argent des banques, entraînant “l’effondrement du système financier”.
La banque UBS a d’ailleurs estimé le coût d’une sortie de l’euro : environ 9 500 € par habitant, la première année, pour la Grèce, 6 000 pour l’Allemagne, par exemple.
3-Communiquer… ou non
Du coup faut-il agir par surprise ou vendre d’abord l’idée à la population, pour la rassurer ? “Il faudrait que secrètement tout soit décidé en une nuit et que le lendemain matin les marchés et les banques soient fermés au moins durant douze heures pour empêcher qui que ce soit de bouger son argent”, pense un spécialiste. Alors que pour un autre, au contraire, “il faut faire une spectaculaire campagne de communication, pour dire : nous sommes arrivés à la conclusion qu’il faut revenir en arrière et il y a comme avantages ceci, cela…”.
4-Gérer les problèmes
”Imaginez une banque espagnole qui a des dettes aux Pays-Bas : comment sera calculée sa dette si on abandonne l’euro, en florins ou en pesetas ?”, se demande un ancien économiste de l’Office central des statistiques aux Pays-Bas. Et la dette publique, resterait-elle libellée en euros, obligeant l’État à entrer en défaut de paiement, ou serait-elle convertie en ancienne monnaie, ce qui rendrait furieux les marchés ? Sans compter que les pays seraient tentés par une “course à la dévaluation” pour être moins chers que leurs voisins.
Comme le rappelle un économiste, “l’introduction de l’euro a été un processus très délicat, planifié pendant plus de deux ans, et donc l’idéal, pour qui voudrait abandonner l’euro, serait de prendre le même temps pour défaire cela”. Mais “le problème est que s’il y a une sortie de l’euro, cela va sûrement être abrupt et désordonné…”

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