mercredi 8 juin 2011

Les élections aurons lieu le dimanche 23 octobre

Béji Caïd Essebsi

·         Les élections aurons lieu le dimanche 23 octobre

  • Au sommet du G8, on leur a expliqué que l’Islam et la démocratie ne sont pas aux antipodes, et que la Tunisie est un Etat arabe, musulman et démocratique". 
  • "nous avons une guerre à nos frontières, la Tunisie a accueilli jusque-là 471 mille réfugiés libyens, nous avons montré que nous sommes un peuple solidaire" . "Un représentant du PNUD m’a dit que les Tunisiens sont des héros, mais j'ai répondu que les héros sont fatigués", indique-t-il, taclant au passage l’Europe qui a eu maille à partir avec quelque 9800 immigrés. 

Au milieu d’un dispositif sécuritaire impressionnant, le Palais des congrès a reçu ce matin (mercredi)  le ban et l’arrière-ban de la scène politique, civile et médiatique. L’occasion était l’annonce de la date du scrutin, pour mettre fin à la discorde entre le clan du 24 juillet et celui du 16 octobre. "Ni l’une, ni l’autre n’est sacrée", dira le Premier ministre Béji Caïd Essebsi, qui annonce ce matin, un nouveau rendez-vous, le dimanche 23 octobre, pour organiser les premières élections libres, transparentes et démocratiques de la Tunisie. 


Cette annonce cruciale pour la Tunisie, à ce stade délicat de son processus de transition démocratique, a été faite devant les membres de la haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, les représentants de la société civile, et ceux des partis politiques, avec bien entendu une forte présence des médias. 

Fidèle à son style, émaillant son discours de versets coraniques, d’adages populaires et autres citations, le Premier ministre Béji Caïd Essebsi tente tantôt de rassurer, tantôt d’attirer l’attention sur les dangers. La Tunisie a tous les attributs pour réussir, mais elle a besoin d’une économie debout, or, en l’état actuel, le pays est au plus bas, prévient-il. 

Le Premier ministre rappelle d’emblée que son gouvernement n’a à peine que trois mois d’existence, mais en cette période transitoire des plus difficiles, le temps gouvernemental est lent, "on dirait qu’il s’agissait de trois ans". En amoureux des citations, il évoque une récente faite par Mustapha Filali : "la préservation de la liberté est plus dure que sa confiscation, car il faut la protéger de la démesure de ses partisans, plus  que de la résistance de ses détracteurs". 

La Tunisie vit entre deux époques 

"La Tunisie vit aujourd’hui entre deux époques, celle des chaînes, et celle qui consiste à les briser," souligne Béji Caïd essebsi, qui fait un clin d’œil à son prédécesseur Mohamed Ghannouchi. "On reproche au gouvernement de ne pas juger les symboles de la corruption et de l’ancien régime, mais nous avons donné la responsabilité en la matière aux commissions qui ont accompli un grand travail". 

La commission d’établissement des faits sur les affaires de corruption a reçu jusque-là 7700 dossiers, dont 2000 ont été tranchés, fait-il savoir. "Le gouvernement ne s’est immiscé en rien dans l’indépendance de la justice, nous sommes nullement intervenus pour dire qu’il faut arrêter Untel ou libérer l’autre. Nous œuvrons pour que quiconque impliqué dans les affaires de corruption soit jugé, personne n’est au dessus de la loi", affirme-t-il. La commission d’établissement des faits sur les abus et des dépassements survenus lors des derniers événements de Taoufik Bouderbela s’est rendue dans les régions concernées, quartier par quartier, a établi des vérités et ses travaux arriveront à leur terme en juin, relève-t-il.

Le gouvernement a une légitimité fonctionnelle

Les prologues étant faits, entrée dans le vif du sujet. Le Premier ministre rappelle que le gouvernement a une feuille de route, veille à l’organisation de l’élection d’une assemblée nationale constituante, et s’est engagé à respecter la date du 24 juillet pour la tenue du scrutin, date à laquelle il s’apprêtait à tirer sa révérence pour céder la place à une instance élue. "On nous dit que ce gouvernement n’a pas de légitimité, mais personne n’a de légitimité". Et de renchérir :  "même s’il n’a pas une légitimité électorale, le gouvernement a une légitimité fonctionnelle et une légitimité consensuelle". 

Béji Caïd Essebsi rappelle le temps perdu pour parvenir à un consensus entre le gouvernement et la haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, autour de la loi électorale, notamment pour ce qui est de l’inéligibilité des symboles de l’ancien régime, et du RCD dissous. 

Ce différend étant dépassé, un autre a surgi celui de la date des élections, avec l’intransigeance de l’instance supérieure indépendante des élections quant à l’impossibilité de la tenue du scrutin  à la date du 24 juillet, pour des raisons techniques et logistiques. Le Premier ministre a dit ses moult tentatives de convaincre l’instance électorale de respecter la date du 24 juillet, conformément aux engagements du gouvernement, mais elle a persisté à attester de l’impossibilité de le faire, étant donné qu’elle a beaucoup "de tâches à accomplir de la préparation des listes électorales, au dépôt du bulletin dans l’urne". "On était devant un dilemme : soit se passer de l’instance et revenir aux vieilles habitudes avec des élections organisées par le ministère de l’Intérieur ; soit la préserver. On a opté pour le deuxième choix, même si certains partis politiques, et le gouvernement n’étaient pas d’accord pour le report des élections. Nous avons contacté les partis hostiles au report, ils avaient des raisons acceptables. Finalement, nous avons convenu de la date du 23 octobre, dans le cadre du consensus, avec un engagement de l’instance d’organiser des élections crédibles et transparentes à cette date, et l’engagement du gouvernement de coopérer à cette opération" souligne-t-il, estimant que "les dates du 24 juillet et du 16 octobre n’étaient pas sacrées."

"Islam et démocratie ne sont pas aux antipodes"
Le Premier ministre déplore  la propension de certains partis "à tout mettre en doute", se félicitant de la bonne image dont jouit la Tunisie à l’étranger, et affirmant notre détermination à réussir à instaurer un régime démocratique. "C’est ce qu’on a dit au sommet du G8, on leur a expliqué que vous êtes devant une opportunité historique pour avoir des relations avec les peuples et non avec ceux qui exploitent les peuples. Nous leur avons dit que l’Islam et la démocratie ne sont pas aux antipodes, et que la Tunisie est un Etat arabe, musulman et démocratique". 

"Mais d’ici le 23 octobre, il faut arrêter les grèves, et les sit-in. Le pays est au plus bas et les revendications ne sont plus possibles". Et de rappeler à qui a tendance de l’oublier : "nous avons une guerre à nos frontières, la Tunisie a accueilli jusque-là 471 mille réfugiés libyens, nous avons montré que nous sommes un peuple solidaire" . "Un représentant du PNUD m’a dit que les Tunisiens sont des héros, mais j'ai répondu que les héros sont fatigués", indique-t-il, taclant au passage l’Europe qui a eu maille à partir avec quelque 9800 immigrés. 

"On n'a pas de baguette magique pour régler les conflits tribaux"
"La situation sécuritaire s’est améliorée, mais la sécurité n’est pas totalement instaurée", dit-il. Et là  une voix dans la salle l'interpelle de ne pas évoquer Metlaoui, le Premier ministre le tance et lui demande patience : "j’en reviens à Metlaoui : le gouvernement n’a pas de baguette magique pour résoudre ces anciens problèmes tribaux, mais on est en train de chercher de solutions, et on en trouvera si Dieu le veut".  

En guise d'épilogue à son discours, entrecoupé par des applaudissements, Béji Caïd Essebsi sollicite  les responsables des partis et leur rappelle leur mission : "les partis, ce n’est pas uniquement les élections, mais c’est aussi la gestion de la chose publique, il faut que vous nous aidiez à accomplir cette tâche". "Nous devons être solidaires et mettre la main dans la main pour construire", recommande le Premier ministre, en n’omettant pas de rappeler la devise du gouvernement, devenu son leitmotiv,  "la franchise de la parole et la loyauté de l’action".


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