samedi 12 novembre 2011

Quatre banques suisses se sont mouillées avec des dictateurs arabes



La Suisse a bloqué 48 millions d'euros concernant le dossier tunisien, 328 millions pour l'Égypte et 288 millions pour la Libye. 

 En septembre dernier, le site internet de la télévision suisse romande révélait que HSBC Private Bank de Genève avait accueilli 8,8 millions d'euros appartenant à Belhassen Trabelsi, 




Le Point.fr - Publié le 11/11/2011 à 16:15

L'Autorité suisse de surveillance des marchés financiers accuse quatre banques de "manquements graves" dans la gestion de fonds de tyrans arabes.


Pour une banque, fût-elle suisse, prendre en dépôt de l'argent des dictateurs, cela ne se fait pas. Mais l'argent de leur cousin, de leur neveu ou de leur beau-frère ? Toute la question tourne autour de la notion de "personnes politiquement exposées" (PEP). Pour détourner la législation qui interdisait d'accueillir les fonds de Ben Ali, de Moubarak ou de Kadhafi, touchés par une ordonnance de blocage, des banques suisses auraient réceptionné à bras ouverts les capitaux de leurs proches. 
Comme ce "semi-retraité" qui recevait régulièrement "des montants à sept chiffres" sur ses comptes ouverts dans un établissement helvétique. L'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA), qui dénonce ce scandale, souligne que ce brave "semi-retraité" était un proche "d'un membre de la direction de la banque". Elle ajoute qu'il n'est pas exclu que ce banquier "ait bloqué les tentatives de clarification en arguant du fait qu'il répondait de l'intégrité" du "semi-retraité"... 
664 millions d'euros bloqués 
Cette affaire tombe plutôt mal pour la Suisse qui s'est indignée la semaine dernière, à l'issue du G20 de Cannes, d'être traitée de "paradis fiscal" par Nicolas Sarkozy, au même titre qu'Antigua-et-Barbuda, Panama et le Vanuatu. Berne s'était pourtant distinguée en bloquant les fonds des potentats arabes avant l'Union européenne. Le 19 janvier 2011 concernant Ben Ali, contre le 4 février pour Bruxelles. Le 11 février pour Moubarak, contre le 21 mars pour l'Europe. 
Le communiqué de la FINMA, daté du 10 novembre, estime donc que quatre banques suisses n'ont pas respecté "les dispositions sur le blanchiment d'argent", en acceptant des fonds appartenant à trois dictateurs d'Afrique du Nord. Pour mémoire, la Suisse a bloqué 48 millions d'euros concernant le dossier tunisien, 328 millions pour l'Égypte et 288 millions pour la Libye. 
Protestation des ONG 
Toutefois, l'Autorité de surveillance des marchés financiers se refuse à communiquer les noms des "coupables". "Nous pensons que ces établissements financiers ont probablement violé les lois sur le blanchiment d'argent. Mais ce n'est qu'à l'issue d'une procédure administrative contraignante que la FINMA pourra dire si les lois n'ont pas été respectées", explique Tobias Lux, le porte-parole. Il souligne que les 16 autres banques inspectées ont, en revanche, respecté leurs obligations, à l'exception de "petits manquements". 
Le communiqué déçoit fortement "la coalition d'ONG suisses", regroupant notamment Transparency International et la Déclaration de Berne. Elle évoque "d'autres fonds placés par des hommes de paille ou par des sociétés offshore". En septembre dernier, le site internet de la télévision suisse romande révélait que HSBC Private Bank de Genève avait accueilli 8,8 millions d'euros appartenant à Belhassen Trabelsi, alors que ce personnage notoirement corrompu était le beau-frère de l'ancien président tunisien Ben Ali.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire