vendredi 1 avril 2011

L'OCCUPATION




" La guerre d'Irak a été conçue et préparée par un groupe de 25 intellectuels néo-conservateurs - juifs pour la plupart.
Leur objectif est de pousser le président Bush à changer le cours de l'histoire.
"
(Ari Shavit, dans le journal israélien Ha'aretz


"Si on avait exilé ces gens sur une île déserte, il y a un an et demi, la guerre n'aurait pas eu lieu."
(Thomas Friedman, du New York Times)


Mi-avril 2003 : après douze ans d'embargo économique, de bombardements réguliers et de désarmement systématique, après six mois de menaces directes et concrètes, après trois semaines de destructions intensives, les armées d'agression occupent l'Irak.



Victimes civiles :

Les civils massacrés sur ordre des criminels de la Maison Blanche et de Downing Street se comptent par milliers. Body Count fait état de 2.300 tués* le 20 avril 2003 (après un mois de guerre). Le chiffre réel, probablement beaucoup plus élevé, dépasse d'ores et déjà celui des victimes du 11 septembre 2001. Mais contrairement à la tragédie de New York, la presse n'en parle pratiquement pas.

* plus de 10.000 fin janvier 2004 (selon une nouvelle évaluation plus complète). Des sources irakiennes font état de 37.000 civils tués après cinq mois de guerre. Le journaliste anglais Robert Fisk estime qu'il y a environ 1.000 civils tués par semaine. Fin 2004, on apprend que les dix-huit premiers mois de guerre ont coûté la vie à 100.000 Irakiens.

Et pourtant, même si le bilan exact était connu, il ne serait jamais que très provisoire, car la fin des "hostilités" ne signifie pas pour autant que les civils cessent de mourir. Sans même mentionner les décès dus à la destruction de l'infrastructure du pays (absence d'eau potable, de médicaments, d'hôpitaux), on sait que les bombes à fragmentation et les obus à l'uranium, utilisés en 2003 comme au cours des guerres précédentes, continuent de tuer "en temps de paix". En mars-avril, les Anglo-Américains auraient lancé 1.000 à 2.000 tonnes de projectiles à l'uranium contre les populations irakiennes. La presse américaine évoque rarement ce sujet, et quand elle le fait, c'est surtout pour plaindre les pauvres volontaires américains condamnés à mourir à petit feu par la faute de leur gouvernement : Death By Slow Burn - How America Nukes Its Own Troops - un article de l'Idaho Observer.

Zafaraniah - 26 avril 2003Et puis, il y a aussi les victimes de la répression violente des manifestations antiaméricaines (10 morts à Mossoul le 15 avril, 15 àFalloudja le 28, etc...) et les effets de la "destruction contrôlée" de munitions (34 morts à Zafaraniah, dans la banlieue de Bagdad, le 26 avril).

S'il est extrêmement difficile de connaître le nombre de civils tués, que dire des pertes militaires irakiennes ?  Sans doute moins élevées qu'en 1991, elles sont cependant de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers : des dizaines de milliers d'appelés et de réservistes, certes plus ou moins enrôlés de force mais défendant néanmoins leur pays agressé - contrairement aux mercenaires anglo-américains qui, eux, tuent et se font tuer pour de l'argent.

Une des nombreuses injustices de cette guerre est précisément que le bilan des victimes se répartit de façon si inégale entre agresseurs et agressés : à peine quelques centaines d'envahisseurs tués (moins de 400 pour la propagande officielle), c'est-à-dire tout juste un centième des pertes irakiennes.

S'il en était autrement, ce serait la fin des guerres d'agression. Non que les tueurs de Washington hésitent à "sacrifier" leurs propres compatriotes (ils l'ont prouvé le 11 septembre), mais le syndrome du Viêt-Nam n'a pas complètement disparu. Un nombre élevé de morts et de blessés se laisse difficilement camoufler aux yeux de l'opinion publique ; il représente un signe de faiblesse pour un régime basé sur la force. On prend donc soin de ne s'attaquer qu'à des adversaires infiniment moins puissants, quand ils ne sont pas parfaitement inoffensifs.

Pas un jour ne s'écoule en Irak sans que des civils soient assassinés par la soldatesque americaine. Le 28 juillet, dans le quartier Al-Mansour à Bagdad, il y a onze morts, dont une famille entière (deux enfants, la mère et le père infirme). C'est ce que la racaille du Pentagone appelle "gagner les coeurs et les esprits" de la population. Et quand ils ne massacrent pas les civils, les mercenaires US volent et pillent ou brutalisent les prisonniers détenus illégalement.

Début août, on apprend par hasard que les criminels américains ont utilisé des bombes incendiaires quelques mois plus tôt. Ces armes - interdites par la convention de Genève de 1980 - produisent le même effet que les bombes au napalm.

Six mois après le début de l'invasion, incapables de venir à bout de la résistance, les occupants continuent de tuer au hasard. Ils organisent des razzias, arrêtent n'importe qui. En novembre 2003, rendus fous furieux par la perte de cinq hélicoptères en vingt jours, les tueurs américains se remettent à bombarder les villes qu'ils soupçonnent d'abriter des "terroristes", tirent sur des manifestants désarmés, bouclent des localités récalcitrantes, terrorisent vieillards, femmes et enfants, arrêtent des chefs religieux, se défoulent à coup de "représailles" et de "punitions collectives"... C'est le programme habituel de toutes les guerres coloniales perdues d'avance.

Vers la mi-novembre, les terroristes du Pentagone tirent au canon sur Tikrit, Bagdad et sur d'autres villes. Ils lancent des missiles et des bombes de 500, 1000 et même 2000 livres sur ce qu'ils appellent "les positions des insurgés" - comme si les insurgés avaient des "positions", comme si les crétins de l'état-major US avaient la moindre idée de l'endroit où se trouvent les résistants irakiens. Un lieutenant-colonel déclare même sans rire : "On ne va quand même pas laisser ces gens-là faire ce qu'ils veulent sur notre territoire." Ce pauvre con est réellement persuadé que Tikrit est "son" territoire.

Cette démonstration de "force" aussi meurtrière pour la population civile qu'inefficace pour les occupants, offre "l'avantage" de bien passer à la télévision. Elle suggère au public américain que le "président" fait enfin quelque chose et qu'il mérite d'être "réélu".

Les actions quotidiennes plus "modestes" passent plutôt inaperçues. Ce n'est qu'à l'occasion du scandale d'Abou-Ghraïb (voir plus bas) qu'on se met à en parler vraiment. Des organisations comme la Croix-Rouge ou Amnesty International signalent alors des meurtres isolés de civils désarmés (parfois des enfants), commis par les militaires américains et britanniques - sans raison particulière, sans "menace terrroriste", pour le fun, par pur sadisme.

Parfois la soldatesque tire au hasard sur la foule ou massacre des blessés (comme l'armée israélienne dans les territoires occupés). Une scène filmée depuis un hélicoptère Apachemontre de façon très précise comment les criminels de guerre de la "coalition" pratiquent cette "activité". Les images en question ont été diffusées à la télévision en France et en Allemagne, mais pas en Grande-Bretagne, et encore moins aux Etats-Unis.

Le 19 mai 2004, à 3 heures du matin, l'armée américaine lance une violente attaque aérienne contre Makr Al-Deeb, une petite localité proche de la frontière syrienne, où les villageois dorment paisiblement après avoir fêté un double mariage. Quand les survivants sortent en courant des maisons bombardées, les GIs les attendent pour les exterminer, puis ils détruisent les maisons restées debout. Une fois les tueurs repartis, on dénombre 42 morts, dont onze femmes et quatorze enfants ; il n'y a que peu de rescapés. (Lire ici l'article de Neil Mackay, du Sunday Herald : The Wedding Party Massacre.)

Le carnage de Makr Al-Deeb, qui risque de devenir aussi tristement célèbre que celui de My Lai (Viêt-Nam), est à inscrire à la très longue liste des crimes de guerre américains.

Aux massacres perpétrés par l'armée US viennent s'ajouter d'innombrables pillages, tous couverts par le commandement. Mais c'est là un sujet sur lesquel notre presse ne s'attarde guère.

Le 20 juin, les tueurs américains récidivent à Falloudja, assassinant 22 civils. Les victimes (surtout des femmes et des enfants) sont présentées comme des "combattants d'Al-Qaïda". Dans les mois qui suivent, les raids aériens deviennent pratiquement quotidiens et frappent non seulement Falloudja mais aussi toutes les autres villes rebelles comme Kout, Samarra, Talafar, Sadr City, etc...  Les morts se comptent par milliers.

Selon une étude effectuée pour le compte des universités John Hopkins de Baltimore et Columbia de New York, et publiée fin octobre 2004 dans la revue médicale britannique The Lancet, 100.000 civils irakiens ont trouvé la mort depuis le début de la guerre, la majorité d'entre eux étant des femmes et des enfants.



Torture à Abou-Ghraïb et ailleurs :

Durant les premiers mois de guerre, les médias ne parlent presque pas des actes de violence dont sont victimes les prisonniers irakiens. De temps à autre, cependant, la presse évoque - sans la condamner - la torture qui est pratiquée dans les geôles américaines et britanniques - un exemple.

Fin avril 2004, de nouveaux cas de torture sont rendus publics. La presse américaine ne peut plus passer sous silence la brutalité, le sadisme et la perversion des "libérateurs". Pour limiter les dégâts, le dégénéré de la Maison Blanche exprime "son dégoût" à la vue des photos montrant les sévices infligés aux prisonniers. Il se voit même contraint de "sanctionner" pour la forme une demi-douzaine de coupables, dont la chienne d'Abou-Ghraïb, la commandante du camp, une certaine Janis Karpinski (elle a le grade de général).
 
Comme les chiennes perverses se ressemblent (Abou-Ghraïb 2004 - Auschwitz 1944)
L'une a fini pendue, l'autre ne perd rien pour attendre

Les cas mentionnés par Seymour Hersh dans The New Yorker ne sont que la partie visible de l'iceberg, mais ils donnent une idée du niveau moral et mental de l'armée US.

Tony Blair, lui, se déclare "choqué", bien que ses tortionnaires fassent en gros la même chose que les barbares américains. Si ces derniers ont déjà torturé à mort 25 Irakiens (chiffre officiel sans doute corrigé à la baisse), les Britanniques en ont sept à leur "actif". Et le Queen's Lancashire Regiment est connu pour sa sauvagerie et son "expérience" - on sait que beaucoup de militaires britanniques ont eu l'occasion de se faire la main en Irlande du Nord et ailleurs (aux Malouines, par exemple, en 1982).

Dans leur écrasante majorité, les Irakiens incarcérés à Abou-Ghraïb ou dans d'autres camps de torture n'ont pas le moindre rapport avec la résistance. Il s'agit de gens arrêtés par hasard lors d'une razzia ou d'une "expédition punitive". Mais tomber entre les mains de l'occupant, c'est déjà en soi une preuve de culpabilité. Et dans l'esprit de l'armée, des forces spéciales, de la CIA et des auxiliaires "civils" *, torturer des "terroristes" est tout à fait légitime, car cela permet, le cas échéant, d'obtenir des informations utiles. Et cela permet aussi, bien souvent, de prendre son pied à bon compte - c'est bien pour ça qu'on s'est engagé, non ?...

* Parmi les "sous-traitants" de la torture, on trouve les firmes CACI International, Titan Corporation et sans doute aussi Blackwater. CACI a des liens très étroits avec l'Etat d'Israël. Au moins deux de ses "employés" (Steven Stephanowicz et John Israel - le bien-nommé) sont impliqués à Abou-Ghraïb.

Humilier "l'ennemi", le briser, le soumettre, cela fait partie des objectifs de guerre. Dans ce but, la CIA a même édité des manuels de torture. Comme le signale Seymour Hersh dans cetautre article du New Yorker, l'opération Copper Green, ordonnée par le Pentagone, prévoit d'utiliser "la contrainte physique et l'humiliation sexuelle des prisonniers irakiens* dans le but de recueillir des renseignements sur l'insurrection en cours". Mais étant donné que les prisonniers n'ont pratiquement aucun lien avec la résistance, il est évident que les "résultats" obtenus sont plus qu'aléatoires. Tout comme les "sorcières" de l'Inquisition "avouaient" avoir pactisé avec le diable, les victimes des tortionnaires américains "avouent" elles aussi n'importe quoi. Soutirer aux prisonniers des informations exploitables militairement devient donc très vite un simple alibi ; la torture est alors pratiquée pour le plaisir de torturer, pour assouvir des penchants sadiques.

* Selon Hersh, cette directive des néo-cons qui dominent le Pentagone est fondée sur un livre-clé écrit par l'un des leurs, Raphael Patai (un "anthropologue" juif d'origine hongroise mort en 1996). Le livre en question a pour titre The Arab Mind et "analyse la culture et la psychologie" des Arabes, en particulier leur comportement sexuel. Conclusion des likoudiens de Washington à la lecture de cet "ouvrage académique" qu'ils considèrent comme leur "bible" : "1) les Arabes ne comprennent que la force et 2) leurs principaux points faibles sont le sentiment de honte et l'humiliation." On croirait entendre Sharon...  (Bien que Seymour Hersh soit lui-même d'origine juive, cet article va certainement lui attirer de nouvelles accusations "d'antisémitisme".) Pour ce qui est de Patai, il s'est contenté, en fait, de donner un vernis pseudo-scientifique à tous les clichés racistes véhiculés depuis des décennies par les représentants autoproclamés de la "race élue", pour "justifier moralement" les traitements infligés aux "sous-hommes" arabes. (On imagine la réaction des médias - aux USA, en France et ailleurs - si un professeur d'origine arabe publiait un livre sur "le comportement sexuel des Juifs" et si, qui plus est, les gouvernements des pays musulmans appliquaient à la lettre ses recommandations...)

Les sévices d'Abou-Ghraïb ne sont pas la conséquence d'un "manque de formation" des tortionnaires, comme le prétendent les criminels de guerre de Washington pour se disculper. Au contraire, les techniques de torture sont enseignées aux militaires : privation de sommeil, cagoule, coffre de voiture, simulacre d'exécution, immersion forcée, torture par le bruit, etc... (Lire ici un article du Guardian : US forces were taught torture techniques.)

Pour le journaliste britannique Robert Fisk, qui confirme en cela ce que dit Seymour Hersh, les atrocités commises en Irak n'ont rien de surprenant. Soldats et officiers, conditionnés par le racisme antiarabe omniprésent dans la société occidentale, ne voient rien d'anormal dans ce type de comportement. D'innombrables productions hollywoodiennes contribuent d'ailleurs à renforcer cette vue des choses. Comme le souligne Fisk, les films actuels dépeignent les Arabes de la même façon que les films nazis dépeignaient autrefois les Juifs, à cela près que les films actuels sont parfois tournés en Israël.

Ajoutons que, même lorsqu'ils ne le sont pas, tout ce qui sort d'Hollywood est de toute manière étroitement contrôlé par le lobby sioniste juif - l'israélisation des moeurs a lieu à la fois sur les écrans et sur le terrain. N'oublions pas que les "spécialistes" de Tel Aviv, aguerris par un demi-siècle d'oppression antipalestinienne, partagent leur savoir-faire avec leurs collègues américains et sont actifs en Irak (parmi eux un certain nombre d'agents du Shin Beth, l'équivalent israélien de la Gestapo). Lire ici un article du journaliste américain Wayne Madsen : The Israeli Torture Template.

En Israël la torture est légale, on la camoufle sous le terme "moderate physical pressure", le mot "moderate" étant bien sûr un euphémisme. Aux Etats-Unis, un des principaux partisans de sa "légalisation" est le professeur de "droit" de Harvard Alan Dershowitz*, un farouche défenseur de l'idéologie sioniste et des méthodes de Sharon. Une des formes de torture préférées de ce "grand juriste" est celle qui consiste à enfoncer des aiguilles sous les ongles des prisonniers. Inutile d'ajouter que Dershowitz justifie les violations des droits de l'homme, les atteintes au droit international et les crimes de guerre : assassinats ciblés, "punitions" collectives, épuration ethnique, destructions de villages, etc. - le tout, bien entendu, à condition que ce soit l'Etat hébreu qui ait recours à ces "mesures". Dans son livre Beyond Chutzpah, l'historien juif américain Norman Finkelstein règle son compte à l'ignoble imposteur sioniste de Harvard. (Dershowitz n'écrit d'ailleurs jamais ses livres lui-même, préférant engager des "nègres" pour le faire ou recourir au plagiat - mais c'est là la moindre de ses impostures.)

* Un autre juriste israélo-américain, Nathan Lewin, va plus loin encore et propose, comme "méthode de dissuasion", l'assassinat pur et simple des familles d'auteurs d'attentats-suicides. Lire ici le programme de ce nazi juif : Deterring Suicide Killers. La méthode Lewin provient en droite ligne de l'arsenal hitlérien, à cette différence près que les "otages" que fusillaient les Allemands étaient choisis au hasard.
Contrairement à l'ignoble Lewin, ses inspirateurs nazis des années 1940 ne poussaient pas le culot (la chutzpah) jusqu'à orner leurs crimes de considérations pseudo-éthiques et de références à de prétendues "valeurs". En outre, les attentats par lesquels ils "justifiaient" leurs nouveaux massacres étaient bien l'oeuvre de la résistance, alors que la plupart des attentats "palestiniens" particulièrement bien "réussis" portent la griffe du Mossad, et que celui du 11 septembre est à 100 %made in USA.  (Voir nos pages sur le terrorisme et sur le complot préparé de longue date.)

Exiger, comme le fait Dershowitz, la "légalisation" de pratiques tout à fait courantes aussi bien en temps de guerre (Corée, Viêt-Nam, Amérique latine et maintenant Irak...) qu'en temps de paix (voir ce qui se passe dans les prisons et les commissariats de police américains), signifie tout simplement éliminer, pour les bourreaux et ceux qui les couvrent, le risque d'encourir des poursuites au cas où le scandale deviendrait public. Et, soit dit en passant, ce que réclame Nathan Lewin se pratique déjà partiellement en Palestine occupée. La "responsabilité tribale" (ce que les Allemands appelaient Sippenhaftung) ne va pas encore jusqu'à l'assassinat des proches, mais il est tout à fait courant d'arrêter ces derniers pour "complicité", de confisquer (voler) leurs biens et de détruire leurs maisons. Les mêmes méthodes commencent d'ailleurs à être appliquées par les Américains en Irak : détails.


Bien entendu, les criminels de guerre qui commandent les tortionnaires d'Abou-Ghraïb (le général Myers par exemple) nient que la torture, les sévices sexuels et les brutalités soient systématiques. On croirait entendre le fameux flic de Coluche : "Y en a qui disent que la police, c'est un refuge pour les alcooliques. Eh ben, j'vais vous dire, franchement c'est exagéré... Moi j' vois, rien qu'au commissariat où j'suis, y en a au moins - attendez, que je dise pas de bêtises - y en a au moins... deux qui boivent pas..."

Et pour ce qui est qui des "sanctions" annoncées contre certains des coupables, citons encore Coluche : "On rigole pas avec ces trucs-là, hein !... Parce qu'au bout de trente avertissements, on peut avoir un blâme. Et au bout de trente blâmes, on passe devant un conseil de discipline..."


Après Mel Gibson, c'est au tour de la chienne d'Abou-Ghraïb de présenter sa version de la Passion
(d'après La Voz de Aztlan - jpg - 15 ko).
A titre de comparaison :  l'original  diffusé par CBS (jpg - 10 ko).

Vu sur un mur de Bagdad : Ce que Bush entend par liberté  (jpg - 16 ko).

Les yankees enseignent la démocratie aux Irakiens  (cartoon cubain - jpg - 29 ko)

L'armée US est aux petits soins pour ses soldats : tous ceux qui n'ont pas eu l'occasion de participer personnellement aux séances de torture et d'humiliation, peuvent s'informer surgrand écran  (jpg - 21 ko).

 
" Bonjour, je m'appelle Lynndie England,
je viens de Fort Ashby (Virginie-Occidentale)
et je suis à Bagdad pour inculquer aux Irakiens
les valeurs de la civilisation américaine. 
"

Début mai 2004, pour illustrer la "volonté de changement" du gouvernement américain, le Pentagone nomme un nouveau commandant à Abou-Ghraïb. Il s'agit de Geoffrey Miller, l'homme qui dirigeait jusqu'alors le camp de Guantánamo Bay.  Il y a des choses qui ne s'inventent pas...

Pas un jour ne s'écoule sans que de nouveaux cas de torture ne soient rendus publics., sans que de nouvelles photos ne fassent leur apparition. Le journal Globe and Mail de Boston (qui s'est bien gardé jusqu'à présent de critiquer le gouvernement) parle maintenant d'un Iraqi Horror Picture Show. La politique coloniale américano-britannique apparaît dans toute sa monstruosité et dans toute son abjection. On se demande comment il est encore possible de mentionner dans une seule et même phrase les mots "défense des droits de l'homme" et "Etats-Unis", comme le font encore certains. Ou comment il est possible d'entendre Bush, Rumsfeld et tous les autres psychopathes bafouiller des "excuses" à la télévision, sans ressentir à leur vue une irrésistible envie de vomir.

Pourtant, comme l'écrit le quotidien anglais The Independent : "It's news, but not new" (ça fait la une des nouvelles mais ce n'est pas nouveau). Dommage que les autres journaux n'aient pas jugé bon d'en parler avant avril 2004. Il est vrai qu'ils se rattrapent à présent, puisque le tabou et la censure ont été levés en haut lieu. Encore conviendrait-il de se demander pour quelle raison il est maintenant permis de parler de ces choses-là - mais bien entendu, aucun journaliste ne songe à le faire.

Une explication possible serait le déboulonnage de George Bush par ceux qui l'ont soutenu jusqu'alors et qui détiennent le véritable pouvoir aux Etats-Unis, y compris le pouvoir de choisir le président grâce aux manipulations du vote électronique. Compte tenu de la situation après plus d'un an de guerre infructueuse, John Kerry semble être plus apte à sortir les Etats-Unis du bourbier, sans pour autant mettre fin à l'agression militaire. (Voir notre page sur le complot préparé de longue date.)

Comme le rappelle le journal New Zealand Herald, 10.000 prisonniers sont tenus au secret dans le goulag américain. Si les camps d'Abou-Ghraïb, de Guantánamo Bay et de Bagram sont connus du public, d'autres sont si "discrets" que même les membres importants du Congrès américain ignorent où ils se trouvent. Et il n'est pas difficile de deviner ce qui s'y pratique quotidiennement, maintenant que certains politiciens de Washington nous avertissent que les photos qu'ils ont vues à titre confidentiel dans le cadre de "l'enquête", sont infiniment pires que celles publiées jusqu'à présent.

Pour le journaliste Alexander Cockburn de Counterpunch, la torture, c'est aussi typiquement américain que la tarte aux pommes : As American as Apple Pie.

Chaque jour un peu plus, il devient évident que les méthodes des tortionnaires américains ne le cèdent en rien à celles de la Gestapo. Une différence, cependant : les nazis allemands, eux, ne torturaient pas leurs victimes au nom de la "démocratie" et de la "liberté".

Pour ce qui est des "excuses" avancées par ceux qui se font prendre, rien n'a changé depuis 1945. Ainsi, la petite salope perverse de Virginie-Occidentale raconte à qui veut l'entendre qu'on l'a "obligée" à faire ce qu'elle a fait ; mais elle ajoute aussitôt qu'elle pensait que c'était pour la bonne cause, pour éviter un nouveau 11 septembre - ben voyons...  La chienne d'Abou-Ghraïb, elle, prétend qu'elle ne savait rien et refuse de passer pour un bouc (une chèvre ?) émissaire.

Un des tortionnaires en chef, Paul Wolfowitz, vice-ministre de la "Défense", déclare de son côté qu'il n'était pas au courant des méthodes utilisées. Il ignorait même qu'on mettait systématiquement une cagoule sur la tête des prisonniers et qu'on les laissait ainsi pendant des heures, parfois pendant des jours entiers. En fait, cet aspect de la torture (un des moindres sans doute) est tellement courant que les soldats US, en Irak et ailleurs, demandent en riant à leurs victimes, avant de leur mettre un sac sur la tête : "Papier ou plastique ?" (comme le font les employés des supermarchés américains avant d'emballer vos achats).

Un peu comme dans l'Allemagne vaincue de 1945, personne n'est coupable. "Moi, j'y suis pour rien, c'est la faute à Hitler" était alors la phrase préférée des ex-nazis. Le Führer de 2004, lui, est encore en vie. Dommage, on pourrait tout lui mettre sur le dos sans donner l'impression de manquer de loyauté.


Le 3 juillet 2004, la chienne d'Abou-Ghraïb avoue à la BBC avoir vu
un "interrogateur" israélien (= un tortionnaire) dans le camp dont elle était responsable.
En comptant Wolfowitz, elle en a vu au moins deux.
Un rapport du Center for Economic and Social Rights : Les crimes de guerre de l'administration Bush.

En décembre 2004, Cuba remet vertement à leur place les donneurs de leçons de la junte américaine : Fascistas - made in USA.

Janvier 2005 : tandis que la presse occidentale pousse des cris d'horreur à la vue de l'accoutrement d'un certain Harry Windsor (profession : prince à la Cour d'Angleterre), des photosjusqu'alors confidentielles viennent confirmer que les tortionnaires de l'armée britannique (armée dont fait partie ce jeune con) ne sont pas moins pervers que leurs maîtres américains. Morale : si vous aimez les emmerdements, déguisez-vous en nazi allemand ; si vous voulez faire une brillante carrière, endossez l'uniforme des nazis anglais. Mais évitez de faire les deux à la fois.

Février 2006 : nouvelles photos d'Abou-Ghraïb.



Nouvelle tactique du Pentagone :

Le 7 août 2003, un étrange attentat a lieu à Bagdad devant l'ambassade de Jordanie : il y a onze morts, dont cinq policiers et six passants ; aucun Américain ne figure parmi les victimes. Il s'agit sans doute d'une provocation destinée à discréditer la résistance irakienne qui, depuis le début de l'invasion, ne s'en prend qu'aux occupants et à leurs collaborateurs. Qui que soient les assassins (forces spéciales US, tueurs du Mossad ou hommes de main du gang Chalabi), leur méfait permet au Pentagone de détourner l'attention de ses propres pertes et faire croire au monde que les Américains sont à Bagdad pour "combattre le terrorisme".

Quelques jours plus tard, les tueurs du réseau Al-Bushaïda (alias Al-Mossaïda) frappent de nouveau : une attaque au mortier contre une prison coûte la vie à six détenus irakiens et en blesse 60 autres. Un journaliste anglais venu filmer sur les lieux est assassiné par un GI. Peu après, c'est un attentat à la bombe qui détruit une conduite d'eau et interrompt l'approvisionnement de la population.

Le 19 août, une explosion ravage le siège de l'ONU à Bagdad (voir plus bas), faisant une vingtaine de victimes (parmi elles aucun Américain). Le 29, devant la mosquée d'Ali à Nadjaf, un attentat similaire tue 120 Irakiens, dont un chef chiite. Le 27 octobre, c'est le siège de Croix-Rouge qui est touché : 12 morts, dont plusieurs Irakiens. Dans les jours qui suivent, plusieurs attentats à la bombe dirigés contre des cibles civiles tuent plusieurs dizaines de personnes dans la capitale irakienne. Les massacreurs appointés par les Etats voyous responsables de cette guerre semblent s'en donner à coeur joie.

Après quelques semaines de pause, ce petit jeu reprend. Le 5 décembre - un vendredi - quatre Irakiens sont tués à Bagdad à proximité d'une mosquée. Deux semaines plus tard, toujours dans la capitale, une explosion tue 17 civils et en blesse 20. Le vendredi 9 janvier 2004, un attentat contre une mosquée chiite à Bakouba fait six morts et des douzaines de blessés.

Le 2 mars 2004, pendant la fête chiite de l'Achoura, les tueurs israélo-américains posent leurs bombes devant des mosquées de Bagdad et de Karbala, tuant 220 fidèles et en blessant plus de 400 (le pire carnage depuis les bombardements de mars-avril 2003). A Karbala, c'est le pèlerinage annuel qui est visé, pèlerinage qui avait été l'occasion un an plus tôt de la première manifestation antiaméricaine de masse après l'invasion.

Le but de ces attentats criminels est de susciter une prétendue guerre de religion entre Irakiens - une "guerre civile" comme disent avec délectation nos "journalistes" assermentés. Jusqu'à présent, cependant, le stratagème ne semble pas avoir fonctionné comme l'espéraient ses initiateurs. Il pourrait échouer tout à fait si les chefs religieux se décidaient enfin à prendre ouvertement le parti de la résistance. Quoi qu'il en soit, la population irakienne n'est pas dupe. C'est bien sur les Américains qu'elle décharge sa colère. A Bagdad et à Karbala, les occupants se font copieusement caillasser et n'osent plus se montrer. Ailleurs on brûle des drapeaux US. Les assassins, eux, rendent Al-Qaïda responsable des attentats, et plus spécialement un certain Zarkaoui, ce nouveau "bras droit" de Ben Laden inventé par la CIA et le Mossad.  (Lire ici : Who is Abu Musab Al-Zarqawi ?  par Michel Chossudovsky.)

21 avril 2004 : alors que l'Irak est en effervescence depuis trois bonnes semaines, le sud reste relativement calme. A Bassorah, les terroristes au service de la "coalition" tuent plus de 70 civils (dont de nombreux enfants) dans divers attentats à la bombe. On peut ainsi oublier pour quelque temps le soulèvement chiite de Nadjaf et reparler de "guerre civile". Au même moment, les Américains lancent des missiles sur la prison d'Abou-Ghraïb, à Bagdad, tuant 22 prisonniers irakiens.* Naturellement, les assassins et leurs médias s'empressent d'accuser la résistance d'avoir perpétré ce massacre. A Washington et Tel Aviv, on ne manque jamais de ressources, mais on est parfois à court d'idées nouvelles.

* A-t-on eu le temps de torturer ces prisonniers avant de les tuer ? (voir plus haut)

26 juin : à Hillah, l'explosion d'une voiture piégée près d'une mosquée tue une quarantaine de civils. Comme d'habitude, les terroristes étrangers venus du triangle sionite (New York-Washington-Tel Aviv) accusent "Al-Qaïda".

1er août : après des "affrontements religieux" peu convaincants entre chiites et sunnites, les services israélo-américains organisent une vague de terreur antichrétienne. Au nom d'imaginaires "islamistes", ils font sauter six églises à Bagdad et Mossoul ; il y a une quinzaine de morts. (L'opération sera renouvelée le 15 octobre contre quatre églises de la capitale.)

1er octobre : à Bagdad, une voiture piégée explose lors de l'inauguration d'une usine d'épuration des eaux ; il y a une quarantaine de morts, dont 34 enfants. Peu avant l'explosion, les soldats américains ont distribué des friandises aux petits Irakiens. Au moment de la déflagration, les braves libérateurs sont ailleurs ; il n'y a parmi eux ni morts ni blessés.

18 décembre : les terroristes israélicains récidivent à Nadjaf et Karbala - 66 civils tués. Quelques semaines plus tard, nouvelles explosions dans plusieurs mosquées de Bagdad - une vingtaine de morts. "Explication" avancée par les tueurs de l'ordre nouveau et leurs complices de la presse aux ordres : les "terroristes sunnites" veulent empêcher les chiites de participer aux "élections libres" du 30 janvier 2005.

Un mois après, à l'occasion de la fête chiite de l'Achoura, on remet ça. Cette fois, il y a une cinquantaine de morts. Pourquoi ? Parce que les sunnites sont furieux que leurs "concurrents" religieux aient "voté si nombreux". Même chose en mars, à Mossoul (47 tués).

Un peu dans le même style, en avril 2005, on apprend que "des sunnites ont enlevé des chiites" et les "retiennent prisonniers" à Madaïen - à en croire un "journaliste" de l'AFP, cette ville serait "un bastion de bandits et de rebelles au sud de Bagdad". Mais, comme ajoute le scribouillard qui sévit dans ce bastion d'incapables et de tarés qui a pour nom Agence France-Presse, "les troupes irakiennes aidées de soldats américains n'ont pas trouvé trace d'otages chiites". Mauvaise coordination, sans doute, il va falloir retourner en stage chez les spécialistes du Mossad.  Toujours est-il que deux jours plus tard, on retrouve des cadavres flottant dans le Tigre à quelque distance de là - à la bonne heure...

Début mai, une explosion tue trente civils devant la gare routière de Tikrit. Cette fois, les tueurs des services spéciaux tentent de faire croire au monde que les chiites se vengent ainsi des souffrances que leur auraient infligées les sunnites. Au fur et à mesure que la résistance irakienne s'amplifie, on assiste à une recrudescence de ces "opérations secrètes" qui ne sont, en fait, que la face cachée des crimes israélo-américains en Irak.

Prises d'otages : Qui est derrière l'enlèvement de Georges Malbrunot et de Christian Chesnot ?  Le journaliste Gilles Munier met ici le doigt sur une question essentielle, celle du noyautage et de la manipulation des organisations clandestines irakiennes par les services étrangers.

Liquidation des élites irakiennes : Comme l'a révélé début 2006 le BRussells Tribunal on Iraq (soutenu par plusieurs Prix Nobel de littérature, comme Harold Pinter, José Saramago et Dario Fo), plus d'un millier d'universitaires et intellectuels irakiens ont été assassinés par des escadrons de la mort depuis le début de l'agression américaine en mars 2003. Cette élimination systématique des élites opposées à l'occupation est - toutes proportions gardées - comparable à la politique pratiquée par les nazis en Pologne et dans d'autres pays slaves occupés pendant la Seconde Guerre mondiale.



Justice :

Alors que le droit international recule toujours plus devant la loi du plus fort, il faut signaler une heureuse exception. La législation belge permet - du moins en théorie - d'assigner en justice les auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocides, quelle que soit leur nationalité et quel que soit le lieu où le crime a été commis. Déjà utilisée contre Sharon pour sa participation aux massacres de Sabra et Chatila (Liban - 1982), puis contre George Bush père, Dick Cheney et Colin Powell pour leurs crimes de 1991 (guerre du Golfe), cette loi civilisatrice devrait à présent être appliquée contre le général Tommy Franks, commandant en chef des forces armées de la "coalition".

Personne ne se fait d'illusion sur l'issue d'une éventuelle procédure, mais le simple fait que les tueurs hésitent à se rendre à Bruxelles, capitale de l'Union européenne et siège de l'OTAN, est plus qu'un signe symbolique vis-à-vis des victimes.

Fin mai 2003, le gouvernement belge interdit l'instruction de la plainte - vive la séparation des pouvoirs - tandis que les USA menacent la Belgique de transférer le siège de l'OTAN dans un pays plus docile - qu'ils le fassent, les Belges ne s'en porteront que mieux...  En septembre, le gouvernement de Bruxelles - comme ceux de Paris et de Berlin - est rentré dans le rang. La loi est enterrée ; à la place, on fait condamner par la "justice indépendante" plusieurs "terroristes proches d'Al-Qaïda".

[Ce petit jeu se répète fin 2004-début 2005, mais en Allemagne cette fois. Le Center for Constitutional Rights de New York et quatre citoyens irakiens portent plainte contre le ministre de la "Défense" Donald Rumsfeld pour crimes de guerre et torture. Résultat : le tueur du Pentagone en vient presque à annuler un voyage à Munich, mais finalement le procureur général décide que la justice allemande n'est pas "compétente" - elle ne l'est, en fait, que lorsqu'il s'agit de pourchasser de mythiques "terroristes islamistes" ou de non moins fantomatiques "antisémites".]

"Justice" américaine : quelques mois après le début de l'invasion, pour détourner l'attention de leurs propres crimes, Bush et compagnie signalent leur intention de faire "juger" de simples prisonniers de guerre, ce qui constitue en soi une violation de la Convention de Genève - une de plus. En outre, ils font la chasse aux membres du gouvernement irakien, du moins certains d'entre eux, et leur réservent sans doute le même sort.

Voir le jeu de cartes du régime Bush revu et corrigé par le Réseau Voltaire : les 52 plus dangereux dignitaires américains.

En décembre 2003, quelques jours avant la très médiatique "capture de l'ex-dictateur", les tueurs de Washington confirment leur intention d'instaurer un "tribunal" devant lequel les anciens responsables du régime de Saddam Hussein devront "répondre des crimes commis entre 1968 et 2003" (ce qui inclut, donc, les crimes commis avec la bénédiction des Etats-Unis dans le cadre de la guerre contre l'Iran). La farce judiciaire qui s'annonce promet d'être plus surréaliste encore que celle de La Haye à propos de la Yougoslavie.



Mystères :

La guerre de 2003 contre l'Irak n'a pas manqué de réserver quelques surprises. D'abord présentée comme une guerre éclair que les Américains auraient dû gagner en deux ou trois jours - six au grand maximum -, elle a au contraire été caractérisée par une résistance opiniâtre des Irakiens pendant les deux premières semaines, avant même que ne débute la "bataille de Bagdad". Cette bataille tant attendue, dans laquelle Saddam Hussein devait lancer ses troupes d'élite, sa fameuse Garde républicaine, pour faire de la capitale un "Stalingrad mésopotamien" long et coûteux en vies humaines, n'a pas eu lieu. Tout s'est effondré en l'espace de quelques jours, peut-être même en l'espace de quelques heures. L'armée, le régime, l'appareil d'Etat n'ont pas été vaincus, ils ont tout simplement disparu, ils se sont mystérieusement volatilisés. Pourquoi ?... Faute d'explication logique, les spéculations ne manquent pas. Trahison ? Arrangement secret au sommet ?

Une autre question que tout le monde se pose en avril 2003 : où est passé Saddam Hussein ?  Veut-on lui faire jouer le rôle qu'on fait jouer depuis septembre 2001 à Oussama Ben Laden ?  Dès que la tension baisse, le Pentagone appuie sur le bouton OBL, et l'aiguille repart dans l'autre sens. L'inconvénient, c'est qu'après avoir appuyé une centaine de fois, il ne se produit plus grand-chose...  Avec Saddam en fuite, tout pourrait reprendre. On entend déjà Colin Powell annoncer à l'ONU que "le tyran déchu a trouvé refuge à Pyongyang", ou Donald Rumsfeld exiger de Damas, Minsk ou La Havane son extradition immédiate, sinon...  [La "capture de l'ex-dictateur", mise en scène en décembre 2003, a-t-elle vraiment résolu ce mystère ?]

[Un peu plus d'an après le début de l'invasion, on commence à y voir clair, semble-t-il. L'effondrement subit du régime irakien, que les agresseurs ont interprété comme une victoire, était en fait prévu par Bagdad, tout comme l'était la phase suivante, celle de la résistance et de la guérilla. Les combattants clandestins ont maintenant presque toujours l'initiative des opérations, frappant où ils veulent, quand ils veulent et comme bon leur semble. La puissance de feu des Américains, bien que redoutable, ne leur est pas d'une très grande utilité. La guerre ne se déroule plus selon leurs règles mais selon celles des Irakiens. L'armée US peut détruire, tuer, torturer, terroriser - et elle ne se prive pas de le faire chaque jour - mais elle est incapable de venir à bout des résistants, car elle ignore qui ils sont, où ils sont et ce qu'ils vont faire. Comme le dit le journaliste Seymour Hersh, qui a révélé au grand public le scandale d'Abou-Ghraïb, "au niveau du renseignement, nous n'avons pas la moindre idée de ce qu'ils préparent".]



Armes de distraction massive :
Dis, grand-mère...

- Pourquoi on les a pas retrouvées, les armes de destruction massive de Saddam ?... Il en avait pas ?...
- Si, bien sûr.
- Alors, pourquoi il les a pas utilisées ?
- Pour que tout le monde croie qu'il en avait pas. Il avait peur de passer pour un menteur.
- Ah bon ? Mais tout le monde savait déjà qu'il était menteur.
- Euh, oui... Alors, c'est parce qu'il avait peur que la coalition utilise les mêmes armes contre lui.
- Ah bon ?
- Il avait peur de mourir.
- Je croyais que les musulmans, ils avaient pas peur, avec leurs attentats-suicides et tout ça...
- Euh, oui, c'est vrai... Alors il les a cachées, ses armes.
- Mais on les a pas retrouvées.
- C'est parce qu'il les a cachées en Syrie.
- Mais les Syriens disent que c'est pas vrai.
- D'abord, les Syriens, ce sont tous des menteurs. Et puis, les armes, Saddam a dû les donner à Al-Qaïda.
- Ah oui, Al-Qaïda, je les avais oubliés, ceux-là.
- On n'en parlera jamais assez...
- Ouais...
- Bon, mon petit lapin, je vais te laisser, parce que j'ai du travail.
- Quel travail ?
- Il faut que je prépare le prochain discours de George W.   Bonne nuit...

Le 29 mai 2003, l'éditorialiste du Monde écrit à propos de ces prétendues armes, sous le titre "L'aveu américain" (les Américains n'ont en fait rien avoué du tout) : "Il s'agit donc, sans doute, du plus grand mensonge d'Etat de ces dernières années. D'une campagne de manipulation menée probablement en toute connaissance des choses, en tout cas malgré toutes les indications contraires, pour faire croire aux opinions publiques mondiales que l'Irak détenait et fabriquait des armes de destruction massive."

Quelle perspicacité : après avoir soutenu et colporté le "point de vue" américain durant des mois, Le Monde découvre subitement qu'il s'agissait d'un mensonge et d'une manipulation. Et pas de n'importe quel mensonge, mais "du plus grand de ces dernières années". Ah oui ? Plus grand encore que le mensonge des élections présidentielles de novembre 2000 ? Plus grand que le mensonge du 11 septembre 2001 ?...

En attendant de "découvrir" la réalité de l'imposture électorale et de l'auto-attentat terroriste du clan Bush et de ses alliés (Le Monde n'en est pas encore là - dans trente ans peut-être, et encore...), le grand quotidien de désinformation continuera encore longtemps de se faire l'avocat de la très officielle théorie du complot al-qaïdesque, et de dénoncer comme "conspirationnistes antiaméricains" les incrédules du monde entier. Et lorsque les tueurs de Washington prépareront concrètement l'opinion à la prochaine guerre contre la Syrie, le Liban, l'Iran ou la Corée du Nord, Le Monde sera là pour propager leurs nouveaux mensonges. A vrai dire, il le fait déjà.

Le 22 juin 2003, l'abruti de la Maison Blanche nous explique enfin pourquoi il n'y a pas d'armes de destruction massive en Irak : c'est la faute aux pillards.

Le public américain, abruti par l'incessante propagande de la presse aux ordres, se soucie peu de ces détails. Dans un sondage effectué début juillet, un tiers des personnes interrogées déclarent qu'on a retrouvé de telles armes en Irak. 22 % pensent même que Saddam les a utilisées pendant cette guerre. Et 50 % croient que des Irakiens figuraient sur la liste des "19 terroristes" présentée après le 11 septembre (en fait, il n'y en avait aucun).

Les 20 mensonges de la clique Bush-Blair à propos de l'Irak.

Février 2004 : à une journaliste qui veut savoir ce qu'il va faire après son film La Passion, Mel Gibson répond : "Je pense que je vais aller planter ma tente tout près de ces fameuses armes de destruction massive, comme ça je serai sûr que personne ne me trouvera..."

Si vous avez une idée de l'endroit où sont ces armes, soyez sympa, informez la pauvre CIA - elle cherche désespérément depuis treize ans : www.cia.gov/cia/english_rewards.htm. (Inutile de signaler les armes de destruction massive américaines ou israéliennes : ce serait antiaméricain et antisémite - et en moins de temps qu'il n'en faut à Rumsfeld pour dénoncer les méfaits d'Al-Qaïda, vous risqueriez de vous retrouver à Guantánamo.)

Mars 2004 : il semblerait que les Américains aient enfin réussi à introduire en Irak ces introuvables "armes de Saddam". Faut-il s'attendre à une prochaine découverte sensationnelle ?

Avril 2004 - encore des activités louches : Parts of Iraqi Nuclear Reactor ‘Resettled’

Mai 2004 : l'armée US "découvre" enfin une arme chimique (un obus au gaz sarin). Si cette "arme de destruction massive" n'a pas été trouvée plus tôt, c'est que les responsables des "forces spéciales" ne se souvenaient plus de l'endroit où ils l'avaient cachée. Ces paysages irakiens se ressemblent tous... On fera mieux la prochaine fois, c'est promis...

Juillet 2004 : Citant complaisamment le New York Times, l'AFP nous "explique" que si les Etats-Unis se sont "engagés" en Irak sur la base d'une "information erronée", la responsabilité en incombe aux services de renseignement US : "La CIA a omis de transmettre au président américain George W. Bush des informations fournies par des proches de scientifiques irakiens sur l'abandon par Bagdad de son programme de développement d'armes de destruction massive."  (En fait, c'est exactement le contraire qui s'est produit : début 2003, les néo-cons du Pentagone reprochaient à la CIA de fournir des rapports trop "timorés", pas assez "mordants", trop peu conformes à la version voulue par le camp de la guerre. C'est d'ailleurs pour cette raison que fut créé, au ministère de la "Défense", l'Office for Special Plans - OSP, un service chargé de produire les "informations" manquantes...  Tout le monde, à l'exception du public américain, savait alors que l'Irak ne disposait plus depuis 1991 de ces fameuses "armes de destruction massive".)

Janvier 2005 : le texanopithèque de la Maison Blanche "admet" que ces armes n'existaient pas. La guerre, elle, continue de faire rage...




Le pouvoir colonial se met en place - Israël se positionne :

A War for Israel  par Jeff Blankfort, journaliste juif américain.

C'est Jay Garner, un général américain à la retraite, que la junte de Washington a choisi comme premier gouverneur militaire (en novlangue bushiste : "administrateur civil") de l'Irak occupé. Un choix qui semble avoir été dicté par une autre junte, celle de Tel Aviv. Garner est en effet un "grand ami" de l'Etat juif. Sa position au sein du JINSA (Jewish Institute for National Security Affairs), une des institutions du lobby sioniste des USA, est une garantie de parfaite loyauté. [Un mois après son arrivée à Bagdad, pour des raisons qui restent obscures, Garner est remplacé par Paul Bremer, un autre homme de confiance des Israéliens du Pentagone, Wolfowitz et Feith.]

De son côté, le gangster et collabo Ahmed Chalabi*, prétendu chef d'un soi-disant Congrès national irakien, aimerait devenir le pantin indigène numéro un du nouveau gouverneur. Mais il n'est pas sûr qu'il fasse l'affaire. Face à la résistance religieuse, le fait d'être venu en Irak à bord d'un char américain n'est pas une référence, au contraire...

* Escroc condamné en Jordanie à 22 ans de prison pour faillite frauduleuse de la Petra Bank. "Recherché" par Interpol.

Le 23 avril 2003, la presse signale une sympathique bavure : des GIs viennent de descendre trois hommes du gang Chalabi. C'est peu, il en reste encore 1.497, mais c'est déjà ça.  Et siMr. Puppet sortait plus souvent de son tank, tous les espoirs seraient permis...

Chalibi n'a pas encore convaincu Washington, c'est vrai, mais il jouit déjà du soutien d'Israël. Grâce à lui, le régime sioniste espère avoir accès au pétrole irakien. La construction d'unoléduc Mossoul-Haïfa permettrait de relancer l'économie israélienne moribonde. Le pipe-line devrait traverser la Jordanie (pays "ami") et éventuellement les territoires palestiniens occupés*.

* Prétexte idéal pour exproprier quelques dizaines de kilomètres carrés de terres arabes supplémentaires, terres qu'il faudrait plus tard exclure du "nouvel Etat indépendant" que prépare Sharon pour le cas où le "transfert" pur et simple serait impossible à court terme.

Fin mai 2003, l'armée américaine au service de l'Etat sioniste lance un raid contre la représentation diplomatique palestinienne de Bagdad et arrête onze personnes après avoir pillé les lieux. Immunité diplomatique, droit international : kézako ?...

Le pillage de l'Irak ne se limite pas aux bureaux des ambassades, à l'argent des particuliers, aux trésors archéologiques et aux ressources pétrolières. Comme le signale le quotidien anglais The Guardian, un certain Naïm Dangoor, seigneur autoproclamé d'une partie de la Diaspora, réclame 20 milliards de dollars de "dédommagement" pour les Juifs soi-disant chassés d'Irak par les méchants Arabes (en fait, ce sont les attentats du Mossad qui ont poussé des centaines de milliers de Juifs à "retourner" en Israël dans les années 50). La World Organisation for Jews of Arab Countries centralise déjà les demandes - détails.

This war is for us - Schizophrénie sioniste ou schizosionisme frénétique ?  En direct des Etats-Unisraël, le fondamentaliste Ariel Natan Pasko s'entraîne à faire le grand écart : tandis qu'il reproche à "l'antisémite" Pat Buchanan (conservateur américain à l'ancienne) d'accuser "les Juifs" de pousser l'Amérique à la guerre, il exalte lui-même quelques lignes plus bas cette guerre menée par "les maîtres de l'Univers" pour le bien "des Juifs et d'Israël". Citation originale : "If all the world is a stage, then the Jews - and especially those in the Land of Israel - are the lead actors on the stage of history, and the goyim - the nations, i.e. the gentiles - have supporting roles, while the evil-doers are props and background scenery. As our tradition states, G-D - the great playwright - created the world for the sake of the Jewish People." [Si l'on devait comparer l'ensemble du monde à une scène, alors les Juifs - et plus spécialement ceux qui vivent en Terre d'Israël - auraient les rôles principaux sur cette scène de l'histoire, et les goyim - les autres nations, c'est-à-dire les non-Juifs - les rôles secondaires, tandis que les scélérats seraient relégués au niveau des accessoires et des décors. Comme le veut notre tradition, Dieu* - le grand dramaturge - a créé le monde à l'intention du peuple juif.]  Ariel le bien-nommé a dû trouver ce texte dans les Protocoles des Sages de Sion...

* Pasko écrit "D..." - un peu comme Jean-Paul Sartre écrivait "La P... respectueuse" ou comme les journaux dits sérieux écrivent "F**k".

En juillet 2003, à Bagdad, Paul Bremer met en place un "Conseil de gouvernement" composé de Chalabi et de 24 autres collaborateurs, dont Talabani et Barzani, les deux marionnettes kurdes au service de Washington depuis 1991. Détail insolite : parmi ces larbins se trouve aussi un certain Hamid Moussa, chef du parti "communiste" irakien. C'est le camarade Bush qui doit être content...

Fin septembre, Chalabi-le-malfrat s'impatiente et demande aux Américains de lui "confier" l'argent de la "reconstruction" - 20,3 milliards de dollars, rien que ça. En échange, tenez-vous bien, il leur révèle que Saddam Hussein disposait d'armes de destruction massive.

En novembre, le "gouvernement" irakien nomme une "ambassadrice" à Washington ; comme elle a un passeport américain en poche, on peut être certain qu'elle représentera bien "son" pays.

Début décembre, le journal anglais Guardian "dévoile" ce dont tout le monde se doutait : les tueurs israéliens, forts d'une expérience plus que cinquantenaire, communiquent ce savoir-faire à leurs homologues américains enlisés dans le bourbier irakien - Israel trains US assassination squads in Iraq.

Forbes.com cite des membres du lobby pro-israélien, pour qui admettre publiquement l'intervention de l'Etat juif en Irak "serait verser de l'huile sur le feu" et "ne contribuerait pas à gagner à notre cause les coeurs et les esprits du monde arabe". Non, sans blague !...  L'article de Forbes nous apprend aussi que les forces US étudient la possibilité de copier une méthode israélienne qui consiste à organiser des opérations de commandos sous déguisement arabe. L'expression "étudient la possibilité" ne manque pas de sel, quand on songe à lanouvelle tactique utlisée par le Pentagone depuis l'été 2003.

En janvier 2004, avec le soutien de la puissance coloniale, le "gouvernement" fantoche décide de "réformer" le droit civil en vigueur jusqu'à présent (un des plus progressistes de tout le monde arabe) et de le remplacer par la charia (la loi islamique). Pour la société irakienne, et notamment pour les femmes, c'est un bond en arrière de cinquante ans. Les fanatiques religieux se réjouissent de ce beau cadeau de l'oncle Sam et de son caniche anglais.

Et à Bassorah, pour compléter le tableau, les tueurs de "Sa Majesté" ferment les yeux quand les tueurs islamistes assassinent les vendeurs de boissons alcoolisées et les marchands de cassettes vidéo "pornographiques" (au sens où l'entendent les tabilans et les ayatollahs). Bien souvent, les commandos intégristes agissent sous couvert de la police locale mise en place par l'occupant.

Juin 2004 : Seymour Hersh, le journaliste américain qui avait contribué quelques mois plus tôt à faire éclater le scandale d'Abou-Ghraïb, révèle dans The New Yorker que les services secrets israéliens sont très actifs en Irak, où ils soutiennent à fond les marionnettes kurdes. On comprend pourquoi le gouvernement d'Ankara, contrairement à son habitude, n'a pas ménagé Tel Aviv au cours des derniers mois.



Passons aux choses sérieuses :

Le rôle essentiel de Jay Garner (et de son successeur) est d'organiser la remise en route de l'industrie pétrolière et de préparer la privatisation au profit des géants américains.

"Cette guerre n'a rien à voir avec le pétrole", avait déclaré Tony Blair quelques semaines plus tôt. Malgré sa stupidité, "l'argument" avait été repris maintes fois par divers journalistes et "experts". Dans une discussion télévisée, un de ceux-ci, dont le nom nous échappe, était même allé jusqu'à ridiculiser un contradicteur en lui "expliquant" que le coût de l'intervention militaire se montait à 100 milliards de dollars, que la production pétrolière irakienne avait une valeur annuelle de seulement un milliard, et qu'il faudrait par conséquent attendre un siècle avant que l'or noir ait couvert la totalité des dépenses de guerre. Que répondre à cela quand on n'a pas de chiffres sous la main ?...

En fait la production irakienne - très réduite du fait de l'embargo - se montait avant la guerre de 2003 à environ un milliard de barils par an, soit 148 millions de tonnes (1 baril = 159 litres = 0,148 tonne). Un milliard de barils, cela représente une valeur marchande d'environ 20, 25 ou 30 milliards de dollars (ou même davantage si les cours montent*). On est donc loin des cent ans de "remboursement" avancés par notre "expert", d'autant plus que le milliard de barils en question ne représente qu'un chiffre officiel ne tenant pas compte - et pour cause - du pétrole vendu clandestinement par l'Irak via la Syrie, la Jordanie ou la Turquie, en "violation" de l'embargo.

* En octobre 2004, le prix du baril grimpe jusqu'à 55 dollars. (En janvier 2008, il dépassera les 100 dollars.)

Mais quels que soient les chiffres exacts, le raisonnement ne tient pas debout. En effet, les dépenses de guerre ne sont pas financées par la vente du pétrole, mais avant tout par les contribuables américains et britanniques, et ce au profit des industries d'armement. Les revenus du pétrole, qui étaient encaissés par l'Etat irakien depuis la nationalisation de 1972 (en partie seulement après 1991 dans le cadre du programme pétrole contre nourriture) iront à l'avenir dans les caisses des pétro-géants (Exxon-Mobil, Chevron-Texaco, BP-Amoco, Shell, Halliburton, etc) et de nombreux autres parasites baptisés "recontructeurs". On voit donc que si la guerre a bien été - entre autre - déclenchée "pour le pétrole", son financement ne se fait pas "par le pétrole".

En s'appropriant l'or noir irakien, les compagnies américaines mettent la main sur des réserves considérables, supérieures à celles de l'Arabie Saoudite, pourtant premier producteur. En outre, l'asservissement de l'Irak porte un coup décisif à l'OPEP qui était déjà en perte de vitesse. La part des Etats regroupés dans cette organisation passera à l'avenir de 40 % à environ 35 % de la production. Quand on sait que d'autres membres de l'OPEP, comme l'Arabie, l'Iran et le Venezuela, sont également visés par les Etats-Unis, il est aisé d'imaginer que le poids des pays producteurs organisés ira en s'amenuisant et qu'ils ne seront bientôt plus en mesure d'influer sur les prix du marché.

Le pillage des ressources pétrolières irakiennes a été "légalisé" le 22 mai 2003 par une résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU - voir plus bas. C'est Philip Carroll, un ancien directeur de Shell, qui est chargé d'effectuer le partage du butin.

Sur le terrain, toutefois, les choses s'avèrent plus difficiles : le pipe-line par lequel le précieux pétrole est censé s'écouler vers la Turquie a été endommagé d'innombrables fois par la résistance irakienne. Début 2004, il est "fermé pour plusieurs mois". Depuis le début de l'agression, pratiquement aucune goutte n'a pu passer par là.

A Bassorah, dans le sud, la situation est plus tranquille. De source américaine, 1,6 millions de barils de brut seraient exportés chaque jour par le terminal pétrolier de cette ville (soit 580 millions par an - un peu plus de la moitié du débit officiel total d'avant la guerre). En avril-mai 2004, cependant, plusieurs attaques des insurgés entraînent une baisse sensible des exportations.

Après un an de guerre, les occupants américains doivent toujours faire venir de l'extérieur le carburant dont ils ont besoin. KBR, filiale d'Halliburton (un des grands profiteurs de cette agression) achète le gallon d'essence (3,8 litres) au Koweït pour 70 cents US et le revend à l'armée d'occupation au prix de 3 dollars (prix à la pompe aux USA : moins de 2 dollars). Et en février 2004, on apprend qu'une entreprise pétrolière israélienne, Sonol, vient de décrocher elle aussi un marché de 80 millions de dollars (c'est peu mais c'est un début) pour l'approvisionnement des troupes US en Irak. Le carburant "israélien" est en fait importé de Russie et d'autres pays, et sera transporté en Irak par camion-citerne via la Jordanie. Les Irakiens fourbissent déjà leurs lance-roquettes...

Le rêve israélien reste le fameux pipe-line Mossoul-Haïfa - voir plus haut - qui permettrait de raffiner en Israël le brut volé en Irak et de revendre le carburant en faisant d'énormes bénéfices - d'autant plus que les investissements nécessaires seraient financés par le contribuable américain.

En août 2004, à défaut de pouvoir profiter du pétrole irakien comme elles l'avaient escompté, les mutinationales prennent prétexte de la situation en Irak pour faire monter les prix du marché à un niveau sans précédent. Les pays de l'OPEP sont satisfaits et observent en silence.

Avril 2005 : trois mois après la farce électorale irakienne, les occupants nomment le gangster Ahmed Chalabi "vice-premier ministre" et "ministre" de l'industrie pétrolière du "nouveau gouvernement".


Ceux qui profitent de l'occupation en Irak : KBR, Halliburton, Bechtel, etc...

Rêve américain
L'humoriste américain Jay Leno, en avril 2003 : "Maintenant que la guerre est gagnée [sic], on va diviser l'Irak en trois secteurs : ordinaire, super et sans plomb..."
Cinq ans après, les Américains essaient encore.



Vengeance :

On savait déjà avant la guerre que les effrontés de "l'axe Paris-Berlin-Moscou" seraient tenus à l'écart de la curée de l'après-Saddam, et que seuls les vassaux les plus obéissants auraient le droit de glaner ce que l'Empire voudrait bien leur laisser. Après leur "victoire", les Américains vont plus loin encore : ils exigent des "alliés" infidèles qu'ils effacent leur part de la dette irakienne (environ 2 milliards de dollars en ce qui concerne la France, 4 milliards pour l'Allemagne et 8 milliards pour la Russie).

Pas de quoi fouetter un chat, bien sûr, mais une punition est une punition...  A croire que Richard Perle, le tireur de ficelles américano-israélien du Pentagone, a personnellement imaginé cette sanction pour qu'elle serve de leçon à Chirac et à ses deux compères. Même si les trois opposants refusent d'obtempérer, on peut être assuré que Washington veillera à ce que "son" Irak ne rembourse rien aux rebelles. A la rigueur, on peut imaginer que le chancelier allemand participe aux frais de l'agression en échange du paiement de sa créance - dans le genre : voilà dix milliards, mais je demande qu'on me rende les quatre qui me sont dus... Auquel cas les USA, magnanimes, pourraient accepter - si Berlin arrondit à vingt milliards, dont cinq pour Israël, et promet de ne plus recommencer.

Pour ce qui est de Paris, ce bastion de "l'antiaméricanisme" et de "l'antisémitisme recrudescent", le problème est plus sérieux, puisque comme l'a décrété récemment l'homme de confiance de Sharon, la France n'est plus l'alliée des Etats-Unis. Alors, que faire ? Virer Chirac et le remplacer par Ahmed Madelin, le Chalabi français ?...

La Turquie, elle aussi, devrait être punie. Le 25 mai 2003, Paul Wolfowitz, un des tarés israéliens du Pentagone, demande à Ankara de s'excuser pour son manque de coopération pendant l'invasion américaine et souhaite que l'armée turque renverse le gouvernement élu - détails.

En décembre, le même Wolfowitz décrète officiellement que les entreprises françaises, allemandes, belges, russes et même canadiennes seront exclues de tous les marchés de "reconstruction". Un mois plus tard, on apprend que la Pologne, pourtant un modèle de fidélité et de de loyauté pro-américaine, est elle aussi tenue à l'écart de ces marchés - cholera jasna !...



Gendarmes :

Début mai 2003 : les mercenaires pensent avoir terminé leur travail en Irak ; on a besoin d'eux ailleurs. Washington veut donc retirer une grande partie de ses troupes. Mais pour que les intérêts pétroliers US soient sauvegardés, on fera appel à des auxiliaires étrangers. Les pays suivants sont volontaires pour maintenir l'ordre américain en Mésopotamie (liste non exhaustive) :
  • l'Australie et la Pologne (les durs des durs de la "coalition", sur place depuis le premier jour ; ils auraient même, paraît-il, participé aux combats)
  • l'Italie, l'Espagne, le Danemark et les Pays-Bas (l'extrême droite rédemptrice de la vieille Europe)
  • la Bulgarie, l'Estonie et l'Ukraine (les larbins de la nouvelle Europe reconquise)
  • le Salvador, les Philippines, la Thaïlande, la Corée du Sud et le Qatar (les fidèles indigènes de l'Empire)
  • l'Allemagne (vieille Europe repentante ; Rumsfeld pourrait éventuellement donner son accord à condition que Schröder-Gnafron accepte de se subordonner à la Pologne)
Juillet 2003 : les 150.000 occupants américains n'ont plus le moral ; les attaques de la résistance sont incessantes. Il est grand temps que les gendarmes étrangers entrent en action et se fassent tuer à la place des précieux GIs et marines. Washington insiste donc pour que la relève ait lieu le plus tôt possible - et pour que les "alliés" apportent leur soutien financier à l'aventure militaire.

"D'abord il ouvre sa grande gueule, ensuite il vient nous supplier de l'aider", titre en septembre 2003 le magazine allemand Stern à propos de celui qu'il qualifie d' "homme le plus haï* de la planète" - le "président" américain Bush.  "Comment Bush s'est aliéné toutes les sympathies.  A présent il veut nos soldats et notre argent." (Un point de vue malheureusement rare dans la grande presse occidentale.)

* Fin octobre, les sondages donnent les taux de "popularité" suivants en faveur de GWB :
Brésil : 2 % - Argentine : 7 % - Mexique : 8 % - Colombie et Venezuela : 23 % - Union Européenne : 30 % - USA : 43 %
Palestine occupée : 1 % - Jordanie : 1 % - Irak : 4 % - Pakistan : 13 % - Turquie : 15 % - Indonésie : 15 %

En décembre 2003, dans l'espoir d'accroître la participation étrangère à la guerre américaine, les stratèges du Pentagone décident de réactiver l'OTAN. Personne ne pourra leur reprocher de ne pas avoir tout essayé.

Début 2004, la Pologne et l'Espagne sont la risée du monde : ces deux fidèles vassaux se plaignent de ne pas être pris en compte lors de l'attribution des marchés pour la "reconstruction" du pays. Les pauvres...



Fin d'une organisation internationale :

Le 22 mai 2003, le Conseil de Sécurité - à l'exception de la Syrie - approuve une nouvelle résolution sur l'Irak. Ce texte orwellien passe sous silence - et légitime donc a posteriori - les violations du droit international, l'invasion, l'assassinat de milliers de civils et de dizaines de milliers de militaires, l'occupation criminelle et le pillage du pays par la soldatesque anglo-américaine. Au lieu de cela, les auteurs - américains - de ce texte parlent des - inexistantes - armes irakiennes de destruction massive, des "crimes et atrocités" de Saddam et de la nécessité de protéger la souveraineté nationale et le patrimoine culturel de l'Irak. Il faut le lire pour le croire...

Chirac, Schröder et Poutine redeviennent ainsi officiellement ce qu'ils n'ont jamais cessé d'être au fond d'eux-mêmes : de lamentables larbins de la junte Bush. L'ONU n'a plus aucune utilité, elle a définitivement perdu sa raison d'être. Le plus honnête serait encore de dissoudre purement et simplement cette organisation fantoche.

Le 19 août, à Bagdad, un attentat contre le QG de l'ONU fait une vingtaine de morts, dont le Brésilien Sergio Vieira de Mello, représentant spécial en Irak. Cette tuerie, probablement perpétrée pour le compte des occupants, ne profite qu'à eux. La résistance, elle, ne gagnerait rien en s'attaquant au personnel des Nations Unies, même si pour beaucoup d'Irakiens, la différence entre USA et ONU est bien mince. C'est en effet sous l'égide de cette organisation que la population a souffert douze ans durant de l'embargo et des sanctions. Et lorsque la guerre a été déclenchée début 2003, ni Vieira de Mello ni aucun de ses collègues n'ont dénoncé l'agresseur.

Pour sa part, le délégué français aux Nations Unies, jusqu'à présent silencieux face aux crimes américains, "condamne cet attentat avec la plus extrême vigueur". Quel courage...

Le 23 septembre, pour parfaire le tableau, Guignol en personne vient se produire devant la superfétatoire assemblée générale de l'ONU. Comme il a déclaré par avance qu'il ne ferait pas usage de son droit de veto, les agresseurs des Etats voyous n'ont rien à craindre. Pour la marionnette élyséenne, les ennemis à désarmer sont maintenant l'Iran et la Corée du Nord.

Le 17 octobre, la France, l'Allemagne et la Russie votent un texte prévoyant l'envoi de troupes de l'ONU à Bagdad sous commandement américain. Que les trois "rebelles" ne participent pas directement à l'occupation de l'Irak (pas encore ?) ne change rien à la situation. Leur complaisance permet aux tueurs de Washington de se consacrer à la prochaine guerre.

Deux semaines plus tard, Chirac et Schröder donnent à leur respecté suzerain de nouveaux signes de loyauté. Le président français signale un retournement complet de sa stratégie nucléaire (désormais, les missiles bleu-blanc-rouge seront dirigés contre les "Etats voyous" - mais qu'on se rassure, Guignol n'entend pas par là les Etats-Unis et Israël). Simultanément, son ministre des Affaires étrangères déclare qu'un retrait des troupes américaines d'Irak serait "catastrophique". Le Gnafron berlinois, de son côté, assure et finance sur son territoire la formation de policiers irakiens et envoie à Bagdad ses commandos de lutte "antiterroriste" (GSG 9).

Mars 2004 : coup de grâce pour le Conseil de Sécurité. Sans poser la moindre question ni réclamer la moindre preuve, il condamne l'ETA basque pour les attentats terroristes de Madrid. Le Conseil réagit maintenant au doigt et à l'oeil dès que la junte de Washington ou ses laquais lui demandent un "service".

Juin 2004 : avec la complicité des détenteurs de veto, qui renoncent une nouvelle fois à l'exercice de leur droit, le Conseil de Sécurité entérine la politique des terroristes de Washington et sacrifie définitivement l'Irak.

Août 2004 : après avoir contribué (activement et passivement) à la destruction et au pillage du pays (l'embargo, la guerre et l'occupation ont coûté des centaines de milliards aux Irakiens), l'ONU exige du "gouvernement" de Bagdad le paiement de ses "dettes" (arriérés de cotisations, etc.), au total 14,6 millions de dollars. Les marionnettes mises en place par Washington (elles détournent à leur profit une partie du butin et ont un budget de "sécurité" de deux milliards pour 2004) se déclarent dans l'impossibilité de payer.



L'album photo du G.I. Joe :

C'est pas dans l'Oklahoma qu'on peut se défouler comme ça :


"Putain, c'est quand même cool l'Irak. J'ai bien fait de m'engager... "

 
"T'as vu le flingue ? Il est fourni gratuitement. "


"Aujourd'hui, on va leur donner leur première leçon de démocratie.
C'est pas Abou-Ghraïb, mais on fait ce qu'on peut...
 "


"L'autre jour, avec des potes, on a visité un musée.
C'était la première fois que je voyais un truc comme ça de l'intérieur.
Pas mal... On a pris quelques souvenirs...
 "


"Oh shit, des chiites...
Ici, y a que des étrangers partout, on est les seuls Américains.
 "


"Tous les jours, des milliers d'Irakiens viennent nous remercier de les avoir libérés.
Ils nous crient 'Fock Amrika' - ça veut dire 'bienvenue' en arabe.
 "


"Pour nous faire plaisir, ils accrochent même des banderoles en anglais.
Dommage que je ne sache pas très bien lire...
 "


"Nous sommes la coqueluche des enfants. "


"Hier, on a eu un problème de moteur,
mais notre capitaine nous a dit qu'il fallait pas s'inquiéter,
y aura des body bags pour tout le monde.
 "


"Au feu, les pompiers, y a mon pétrole qui brûle... "

 
"Nous vaincrons parce que nous sommes les plus beaux. "


"Notre marine vient de saisir une cargaison d'armes bactériologiques destinées à l'Iran.
Comme on nous l'a expliqué dans un briefing, c'est une grande victoire pour la démocratie,
c'est la preuve irréfutable que Chirak et ses singes capitulards bouffeurs de fromage*
sont les complices du terrorisme international.
"



* Cheese-eating surrender monkeys : c'est l'expression consacrée pour désigner le peuple le plus antiaméricanique et le plus antisémitique de toute la vieille Europe, pour ne pas dire de toute la Galaxie. 

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